En 2002, l’abbé Pierre avait accordé une interview au Parisien, au moment de Noël, dans laquelle il expliquait ce que cette fête représentait pour lui… Il évoquait en particulier ce qu’autrefois on appelait la place du pauvre.

Le Parisien : Comment fêtez-vous Noël cette année ?

L’abbé Pierre : Je m’étais préparé à fêter Noël tout seul avec une vraie joie dans ma chambre, où je viens d’être installé par mes amis. Mais je suis habitué à l’imprévu. Une partie de mes neveux et nièces – j’en ai plus de cent cinquante – m’a invité avec toute son affection à venir passer les fêtes chez eux à Rennes. Si la santé me le permet, j’irai avec eux à la messe de minuit ; et selon les souhaits du prêtre de la paroisse, soit je célébrerai l’office avec lui, soit j’irai dans une église sans prêtre. La messe de Noël revêt une importance particulière, ne serait-ce que parce qu’elle est pour beaucoup l’occasion de leur rare communion.

« J’aimerais que les Français perpétuent la tradition de laisser une place à table pour les pauvres »

Quel est votre plus beau souvenir de Noël ?

Mon plus beau souvenir de Noël, je n’ai pas à chercher, c’était l’hiver 1954, où le froid était si terrible. Quelques jours avant Noël, nous avions sorti d’une cave une famille que nous avions relogée dans une de nos constructions. Comment vous dire ma joie lorsque j’ai vu que le papa avait écrit sur sa porte :  »
« la Joie de vivre » ?

Quel est le sens de Noël pour les chrétiens ?

A Noël, les croyants célèbrent la naissance du Christ il y a deux mille ans à Bethléem. C’est le moment le plus important de l’histoire de l’humanité, même si les chrétiens ne sont pas sans s’interroger sur la multitude humaine qui a précédé ce jour. Le croyant n’apaise ce souci des origines que par sa foi dans la Trinité en Dieu. Le Saint-Esprit donne à chaque individu la lumière et lui permet, en choisissant le Bien, de trouver le salut.

De plus en plus commerciale, la fête de Noël ne devrait-elle pas être d’abord un jour de solidarité envers les exclus ?

L’esprit de Noël, c’est évident, est affecté par la fête commerciale.  (Lire aussi : le véritable esprit de Noël selon le pape François). Comme il s’agit de la période de l’année où les jours commencent à s’allonger, il pourrait être juste de fêter sans aucun paganisme à la fois la venue de Dieu et le renouveau de la lumière. J’aimerais aussi que les Français perpétuent la tradition qui prévalait dans les campagnes naguère à Noël, où l’on laissait une place à table pour les pauvres. Mais faire preuve de solidarité le 25 décembre ne suffit pas : les exclus ont besoin de notre aide chaque jour.

Propos recueillis par Philippe Baverel