Et si nous profitions de Noël pour réhabiliter une coutume un peu oubliée, appelée autrefois “la place du pauvre” ?

Elle consistait à laisser un couvert à table pour une personne seule ou démunie que nous connaissons dans notre voisinage proche. Il s’agit là d’une solidarité de l’accueil, à pratiquer en famille,  à la manière du Christ :

« Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli. »

Evangile de Mathieu 25,35

Un geste fort

Etre reçu chez quelqu’un à Noël est bien plus chaleureux que prendre un bol de soupe dans une salle associative un peu froide, « entre pauvres ». Etre invité et prendre place dans un repas de famille, c’est retrouver une certaine dignité d’homme ou de femme à qui l’on porte une véritable attention, au même titre que ses propres enfants.

Inviter un déshérité de la vie à la table familiale, le servir, est un beau geste, qui marque profondément tous les convives. On quitte « la charité oui, mais chacun chez soi » pour se faire nous-mêmes serviteurs des plus pauvres.

«  Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement »

Evangile de Mathieu 10,8-9

 

Alors, cela vous dit ? Avez-vous déjà invité une personne pauvre à Noël ? Si oui, laissez-nous un commentaire pour nous raconter !

Pour terminer, voici le poème “la place du pauvre” qui nous a inspiré ce billet.

La place du pauvre

La place du pauvre

J’aime ce vieil usage observé des Hébreux
Et qui fait pardonner leur bonheur aux heureux
Le soir, quand la famille, à table réunie,
Par l’aïeul en prière à voix haute est bénie,
Quand les nombreux enfants, jeune essaim bourdonnant
Ont baisé tour à tour son grand front grisonnant
Et cherché du regard la servante attardée,
Toujours pour quelque pauvre une place est gardée :
C’est lui que l’on attend, lui qui parait au seuil,
Lui, sale et misérable, à qui l’on fait accueil.

C’est tantôt un savant silencieux et grave
Qui trahit un long jeûne au fon de son œil cave ;
Ou bien un mendiant dans son caftan râpé,
De ghettos inconnus voyageur échappé.
Et qui, tombé si bas de mécompte en mécompte,
Qu’il ne sait même plus ce que c’est que la haute,
Courbe en entrant son dos servile et dégradé
Etonné d’obtenir sans avoir demandé.

Tantôt c’est un enfant orphelin qu’on assiste ;
Et les autres petits contemplent d’un air triste
Le mince vêtement par places déchiré
Et le morceau de pain si vite dévoré,
Et le coup d’œil qu’on jette aux choses succulentes !
Parfois c’est un infirme aux réponses dolentes
Qui fait gémir son mal et vit de charité,
Ou bien l’étudiant de passage, invité,
Qui se heurte, s’assied sans déposer son livre,
Admire le dressoir et la lampe de cuivre
Et la nappe aux longs plis et la Juive aux grands yeux,
Sourit, timide et gauche, aux jeunes comme aux vieux
Et raconte, sans perdre une seule bouchée
Loin du pays natal sa misère cachée

Chaque soir, on accueil avec même bonté
L’hôte obscur, quel qu’il soit, et nul n’est écarté.
On l’a trouvé sans peine, au Temple, ou sur la route !
Et, sans l’humilier, on lui parle, on l’écoute,
On dit « Béni celui par qui vous nous venez.
Cette table est à vous : manger, buvez, prenez ! »

Quand il part, dans sa main, à l’ombre de la porte,
La mère vient poser quelques mets qu’il emporte,
On la pièce poser quelques mets qu’il emporte,
Ou la pièce d’argent qu’il accepte humblement
Ou, roulé par avance, un plus chaud vêtement.

Ah ! si nous revenions à l’antique coutume,
Les pauvres gens au cœur auraient moins d’amertume,
Et l’opulent foyer serait comme un saint lieu ;
Car la place du pauvre est la place de Dieu.

Eugène Manuel