Le saviez-vous ? L’Art Nouveau est né la veillée de Noël 1894, parce qu’un imprimeur a décroché son téléphone !

A la veille de Noël, en 1894

Nous sommes dans une imprimerie en cette sainte soirée, et Mucha, Alphonse de son prénom, travaille encore. C’est un employé d’origine tchèque, depuis sept ans installé à Paris. Il a fait une petite carrière dans son pays, et puis à Vienne, il a réalisé quelques décorations d’intérieur avec une certaine renommée, mais c’est en France qu’il est venu chercher la reconnaissance. Qu’il n’a pas encore obtenue, et c’est la raison pour laquelle, en attendant la gloire, il corrige des épreuves pour l’imprimeur Lemercier, une des grandes maisons de la capitale. En ce 24 décembre, la plupart des employés sont partis préparer le réveillon, et ne restent au posteque le patron, digne représentant de la vieille école, premier arrivé dernier à partir, et le correcteur Mucha, qui effectue un remplacement.

Un coup de téléphone

Et dans cette fin de journée qui s’achève doucement dans une semi-pénombre, voilà que le téléphone sonne. Un appel, à cette heure, à la veille de Noël ? L’imprimeur décroche et entend à l’autre bout une voix sonore et reconnaissable entre toutes, un de ces timbres marqués qui vous perforent le tympan, habitués qu’ils sont à projeter les mots à distance. Ce timbre et cette diction, Lemercier identifie instantanément leur propriétaire, car il suffit de les avoir entendus une fois pour les conserver à jamais gravés dans la mémoire ! C’est la divine Sarah Bernhardt ! Celle qui a fait briller la culture à travers le monde au terme de tournées triomphales… Celle qui a donné un lustre nouveau et une dimension supérieure à des pièces qui ont accédé au statut de chef-d’oeuvre par son seul talent ! Et histoire de donner un tour différent à sa carrière, la grande Sarah a pris la direction d’un théâtre parisien depuis un an : elle préside aux destinées de la Renaissance depuis 1893. Mais gérer un lieu et y interpréter les rôles phares du répertoire sont là deux compétences qui ne sont pas automatiquement associées, et la tragédienne, tout à son travail dramatique, ne s’est pas préoccupée de la communication, dirions nous aujourd’hui !

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Une commande impossible à honorer

Et en ce soir de Noël, elle vient de réaliser que la reprise de Gismonda est programmée pour les tous premiers jours de janvier, alors que les affiches n’ont pas été apposées et pour cause : personne ne les a réalisées ! Bravo pour l’organisation ! Et ne doutant de rien, habituée à ce que chacun satisfasse ses moindres caprices, la voilà téléphone en main, qui souhaite passer commande de quatre mille affiches à livrer dans la semaine !On a beau vouloir se mettre en quatre pour donner satisfaction à la grande dame du théâtre français, on a beau également ne pas vouloir tirer un trait sur une commande juteuse, quand on ne peut pas, on ne peut pas ! Lemercier s’apprête donc à braver les foudres du dragon en déclinant la proposition, quand une idée germe dans son cerveau.

Le petit stagiaire au drôle d’accent, il lui semble bien l’avoir entendu évoquer un passé de décorateur de théâtre… le garçon a un assez joli coup de crayon, il peut peut-être remplir cette mission. Le cerveau de l’imprimeur tourne à grande vitesse, et son raisonnement lui montre que l’opération pourrait être superbement bénéficiaire : si d’aventure Mucha parvient, dans ce délai impossible, à produire la création demandée, Lemercier pourra se contenter de lui offrir une prime modeste, puisqu’il pourra arguer du fait que cette réalisation lui ouvre les portes d’une reconnaissance visible et affichée. En revanche, de son côté, il pourra adresser au théâtre une facture maximale pour production accélérée en période de fête ! Et dans tous les cas, accepter le travail, c’est déjà créer l’occasion d’une rencontre avec la diva.

Alphonse Mucha, interrogé par son patron, accepte avec enthousiasme le challenge. Les deux hommes vont aller le soir même rencontrer la tragédienne directrice dans son antre, pour que le dessinateur puisse s’informer sur la pièce de Victorien Sardou. Et donc, en ce soir de Noël, tandis que tout Paris réveillonne dans l’abondance de la Belle Epoque, le patron et l’employé vont se rendre à la Renaissance pour entendre Sarah Bernhardt parler de son rôle dans Gismonda. Et aussi des acteurs qui l’entourent, notamment celui qui partage l’affiche avec elle, le grand Guitry, Lucien, père de l’autre Guitry. A la fin de cet entretien, l’artiste repart avec des idées et, plus que tout, une envie. L’envie de donner enfin naissance au style qu’il a en tête.

Une réussite…

Mucha va travailler sans s’accorder plus de quelques heures de sommeil dans cette semaine décisive entre toutes pour sa carrière, mais le résultat est là, et pari gagné contre la montre :  l’affiche est délivrée en temps, apposée sur tous les murs de la capitale, et son impact sera tel que collectionneurs admirateurs viendront subrepticement la nuit découper cette œuvre originale pour décorer leur appartement ! Sarah Bernhardt sera enchantée de la qualité de  cette création, au point de signer un contrat d’exclusivité au peintre affichiste tchèque ! ll pourra désormais bien vivre de son crayon, et se partager entre ce sacerdoce théâtral, et les nombreuses affiches qu’on demandera par la suite, pour le Champagne Ruinart ou les biscuits Lu notamment, deux marques qui jouissent encore de nos jours d’un renom et d’un art indiscutables.

Naissance de l’Art nouveau

Pourquoi cette histoire est-elle importante ? Ce soir-la, sans le savoir ou y penser, l’artiste tchèque lança un style artistique nouveau, qui deviendra une école : l’Art Nouveau ! Un art qui met en valeur la nature, un art infiniment joyeux, léger, apaisant et apaisé. Un courant qui va se répandre dans plusieurs domaines de la création. Dans la peinture, où Gustav Klimt lui donnera de belles lettres de noblesse ! Dans l’architecture également, avec le génie de l’Espagnol Antonio Gaudi ! Si vous n’êtes jamais allé à Barcelone, allez-y séance tenante, quand ce ne serait que pour y admirer la Sagrada Familia, la cathédrale de la Sainte Famille dans laquelle son génie apparait le plus, pour reprendre le mot de ses maitres à l’école d’architecture.

L’Art Nouveau va sonner le glas du mouvement précédent né sous le second Empire, et va rayonner en Europe pendant plus quinze ans, avant d’être lui-même remisé aux oubliettes de l’Histoire par le cubisme qui pointe son nez dans les premières années du XX siècle. Une page magnifique écrite dans le grand livre de l’art, tout ça, parce qu’un soir de Noël 1894, un imprimeur décrocha son téléphone… Alors, quand votre portable sonne, quand bien même s’afficherait « correspondant inconnu », prenez l’appel, qui sait si de la discussion qui s’ensuivra, l’Histoire ne va pas s’en trouver bouleversée ?

Comme quoi, il faut savoir se laisser déranger par la Providence… joyeux Noël !

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Pour aller plus loin :

(*) Texte librement adapté pour Lalumieredenoel.com du livre  Noëls de l’histoire, histoires de Noël, par Philippe Vidal.


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